Contre la banalisation des messages sexistes dans nos campus, agissons !

Le message peut paraître redondant, mais c’est parce que le phénomène est fréquent, quotidien même. Les mesures promises par les administrations ou les différentes organisations ne sont jamais mises en place, et les fausses promesses de « faire attention » sont très vite balayées par une nouvelle vague de dédain. Est-ce le rôle de Solidaires Etudiant-e-s Grenoble de rappeler leurs responsabilités à ces groupes ? Nous l’avions déjà fait le 14 janvier dernier pour les affiches du BDE Kiné, il y a quelques années pour celles du BDE Medecine, mais il semblerait que certaines personnes aient des problèmes de compréhension.

Des affiches sexistes ont ressurgi cette semaine sur le campus de Grenoble, et tout particulièrement à l’Université Stendhal où elles ont été créées. Elles proviennent du BDE LEA, seul BDE actif de cet UFR, et proposent, surfant sur le buzz qu’a provoqué la sortie du film 50 Nuances de Grey tiré du livre du même titre, une soirée sur le thème du BDSM (qui est l’acronyme de Bondage Domination Soumission et Masochisme) à la discothèque l’Impérial. De plus, cette propagande émane de l’Impérial, société privée qui utilise les corporations étudiantes pour diffuser sa publicité pour ses soirées nauséabondes plus sexistes les unes que les autres, pour des raisons uniquement mercantiles : l’université n’est pas le terrain de chasse des entreprises.

Nous ne pouvons pas accepter ces affiches, car elles véhiculent une image fausse des rapports entre êtres humains et notamment des pratiques BDSM. Le BDSM consiste en la pratique et la trangression d’interdits fondées sur le plein consentement de deux parties interagissant entre elles. De nombreuses formes de protection sont ainsi imposées (safe word ou safe gesture qui permettent de tout arrêter, approbation d’un contrat dûement signé par les deux parties avant de passer à l’acte, etc).

Les livres et le film 50 Nuances de Grey ne tiennent pas compte de cela, imposent une vision erronée de ces rapports, et entretiennent une relation abusive entre les deux personnages principaux. La relation entre l’homme, Christian Grey, et la femme, Anastasia Steele, est profondément inégale et un fort rapport de domination/opression est mis en place. Christian Grey est un manipulateur, que l’on pourrait qualifier de pervers narcissique, qui utilise sa supériorité, non seulement virile mais également due à son milieu social élevé, contrairement à la protagoniste féminine qui vient d’une classe sociale plus basse. Il n’écoute pas les désirs de cette dernière mais l’utilise pour son bon plaisir, sans tenir compte de sa personne et de son intégrité. Les personnages sont à elleux seul-e-s des stéréotypes genrés machistes : on reconnaîtra ainsi le mystérieux personnage torturé au passé tumultueux et aux désirs aventureux qui n’est sauvé que grâce à l’amour d’une douce vierge ingénue manquant d’estime et de confiance en elle.

Il est inacceptable de penser que ce type de comportement est la norme, voire un idéal relationnel. Outrepasser le consentement d’une personne s’appelle un viol, même au sein d’un couple (un tiers des viols a lieu au sein d’un couple). Le fait que ces messages soient affichés publiquement sur le campus, puis promus lors d’une soirée que « certains ne pourraient pas comprendre » selon l’affiche, est dangereux. Il banalise ces comportements en les faisant passer pour des choses drôles, excitantes. De la part d’étudiant-e-s, sensé-e-s êtres pourvu-e-s d’esprit critique, c’est consternant. Le viol n’est pas drôle, il n’a pas vocation à exciter, c’est un crime.

De plus, nous prenons cela comme une provocation directe envers notre syndicat et les luttes féministes. En effet, alors que nous débutons une campagne antisexiste sur l’Université Stendhal, ces affiches ont été collées quelques heures après que nous ayons collé les notres, portant sur le harcèlement et le sexisme à l’université, qui se sont vues recouvertes par ces torchons (photo à l’appui).

Petit rappel à leur adresse : cette semaine se tient le 8 mars, c’est à dire la Journée Internationale du Droit des Femmes. Tout est dit.

Serait-ce un moyen ironique de se faire de la publicité, une blague de très mauvais goût ou bien un manque total de jugement et de compréhension des systèmes d’opression patriarcaux qui sévissent encore partout dans le monde, lié à un profond mépris des luttes pour l’egalité sociale de tou-te-s ?

Nous exigeons le retrait immédiat de ces affiches et l’annulation de cette soirée.

Nous appelons tou-te-s celleux se sentant concerné-e-s et outragé-e-s par ces affiches à les retirer du campus en les arrachant systématiquement.

Solidaires Etudiant-e-s Grenoble, syndicat de luttes.

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