L’université étouffe le problème du sexisme!

Mardi 24 mars 2015

SAINT-MARTIN-D’HÈRES – SOLIDAIRES ETUDIANT-E-S GRENOBLE DÉNONCE UNE SOIRÉE DE MÉDECINE« L’université étouffe le problème du sexisme »

«On compte que 20 % des étudiantes se sont faites ou se feront agresser de manière sexiste au cours de leur cursus. Et elles sont découragées de porter plainte par l’administration, surtout lorsque l’agresseur est un prof. » Lisa Cérezal, militante du syndicat Solidaires Etudiant-e-s Grenoble, dresse un constat sans compromis. D’après elle, aucune étude n’a été menée sur le sexisme à l’université depuis 2000. « Ce sujet dérange. L’université, poussée à l’excellence, et particulièrement à Grenoble avec le regroupement des filières qui va rapporter gros, étouffe le problème. Il ne faudrait pas entacher la réputation des facultés ! Il y a un véritable désengagement gouvernemental. »

Alors, Lisa Cérezal ne compte pas se taire ni laisser faire. Lorsque le BDE (Bureau des étudiants) de médecine lance la communication de sa soirée (initialement prévue le 27 mars), la militante sort de ses gonds. « Ils ont fait une comm’ scandaleuse : “Cette petite sauterie, où coule à flot bière et tout autre fluide corporel”… “Inspirée des plus grandes œuvres cinématographiques françaises (# Marc Dorcel), des plus grands acteurs comme notre cher Rocco ou la charmante Katsuni, cette beuverie saura dévergonder la plus prude des nonnes…”. Un jour, je suis allée à une de ces soirées, pour voir. Les femmes doivent y prouver leur intelligence. Il y a des “prudes” ou des “putains”, c’est comme cela qu’elles sont cataloguées par leurs pairs masculins… Et tant pis si ces dernières ne veulent pas être “touchées”, elles le seront quand même », se scandalise-t-elle.

Une véritable avancée avec la charte anti-sexisme

Mais Lisa Cérezal se réjouit de la tournure qu’ont pris les événements des derniers jours. « Nous nous battons tout le temps contre ces soirées. Habituellement, on nous reçoit très mal, cela va jusqu’aux insultes et menaces. Cette fois-ci, le BDE médecine, qui a changé de présidence, a compris. Au début, ils ont prétexté une mauvaise comm’, un humour potache, un besoin de décompresser. Mais après avoir retiré leur campagne d’affichage, ce qui nous convenait, l’administration leur a en plus demandé d’annuler la soirée ». Solidaires Etudiant-e-s Grenoble a pu même entamer un travail avec le BDE. « Nous nous sommes rencontrés et ils ont signé et amendé notre charte anti-sexisme. Celle-ci a été présentée au doyen de médecine. Cela prouve leur bonne foi ». Cette action pourrait aller beaucoup plus haut, jusqu’à la région. « C’est la première fois qu’on nous entend comme ça ».

Parce que le syndicat ne souhaite pas être « dans la sanction. Nous proposons des formations, nous rappelons que le sexisme, le patriarcat… tue chaque jour. Il faut se donner les outils de le combattre ».

À presque 20 ans, Lisa Cérezal est une vraie militante, formée par un père « qu’on a trop souvent qualifiée de gauchiste, alors que c’est le seul dans le milieu montagnard à faire du social… ». D’une maturité forgée par le rejet de la différence – « j’étais plutôt mal vue », la jeune femme, étudiante en Lettres modernes, a trouvé dans le syndicat le lieu de son épanouissement : « J’essayais, dans mon lycée, de faire des choses pour les autres. Mais seule, on n’y arrive pas. Là, on peut réellement lutter pour l’amélioration de la société, des étudiants et des travailleurs ».

Solidaires Etudiant-e-s Grenoble, qui compte sur un noyau dur d’une trentaine de militants – « des vrais, de tous les jours, parce qu’on refuse les cartes fantômes » – lutte contre le sexisme à l’université mais vient aussi en aide aux étudiants vivant dans la précarité, aux sans-papiers… « Notre mot d’ordre : “pour une université publique, gratuite, laïque, critique et populaire”. »

Vous pouvez contacter Solidaires Etudiant-e-s Grenoble au 07 81 00 51 63.

Par Katia CAZOT K.C. | Publié le 23/03/2015 à 06:00
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