Nos propositions concernant le projet de Maison des Services Etudiants

Solliciter par la vice-présidence étudiante de la COMUE, voici notre courriel énumérant nos critiques et nos propositions en ce qui concerne la construction prochaine d’une maison des services étudiants.

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Bonjour,

Nous avons lu attentivement et avec intérêt les documents de présentation du projet Maison de services aux étudiant.e.s.

La centralisation des multiples services dispersés du CROUS, de la COMUE et de l’UGA nous paraît être une excellente idée. Nous demandons que les diverses associations étudiantes opérant à l’échelle du campus disposent d’un local dans ce bâtiment. Nous émettons une réserve sur la localisation du bâtiment : elle nous paraît trop excentrée par rapport au campus, trop éloignée des facultés de sciences humaines et sociales, lettres et arts, en plein coeur de l’ex-UJF, à côté des sites de l’INPG et de l’ENSIMAG. Une fois de plus, l’UGA montre que la volonté affichée de favoriser la recherche en sciences humaines et sociales, depuis le début de la campagne pour la fusion des universités, est un mensonge et un leurre : les sciences physiques sont largement prioritaires et porteuses d’excellence bien supérieure aux yeux de la direction de l’UGA.

Nous ne nous opposons pas au projet de promotion de l’entrepreunariat étudiant, de la création d’entreprises et de projets professionnels, et l’aide à l’insertion professionnelle. Cependant, nous questionnons les modalités de mise en oeuvre de cette politique : il faut veiller à ce que l’ensemble des secteurs économiques et des entreprises, quelles que soient leur taille et leur renommmée, soient concernés, et pas seulement les secteurs grandes entreprises grenobloises les plus rayonnantes (Schneider, ST-Microelectronics, Minatec, etc…). La recherche fondamentale et appliquée doit être pleinement indépendante et financée directement par l’Etat, indirectement par les impôts des grandes entreprises, et pas placée à la remorque de celles-ci. L’enseignement public ne doit pas non plus devenir purement une formation au travail dans les plus grandes entreprises, et doit conserver une part théorique importante, à la fois pour les capacités d’analyse qu’elle offre dans les contextes professionnels, et pour la formation de citoyens capables de réflexion élaborée.

De plus, nous soulignons le caractère illusoire et dangereux que peut revêtir l’idéologie auto-entrepreneuriale. Loin de l’idéal rêvé d’indépendance individuelle, celui-ci peut souvent se transformer en cauchemar pour l’étudiant qui s’y lance, soumis à des objectifs impossibles à atteindre correspondant aux entreprises, aux clients, qu’il doit servir, en dehors de tout cadre qui assure l’application des règles du Code du Travail.

Parallèlement, nous nous inquiétons de l’impact social de cette politique sur les étudiant.e.s : l’épanouissement personnel et la réalisation des projets personnels est une donnée essentielle de la vie, mais l’Université ne doit pas oublier qu’en tant qu’institution elle a aussi pour mission essentielle de participer à la transmission et la valorisation des valeurs de solidarité et de collectivité, au fil des décennies de plus en plus entamées par les crises sociales et économiques. Cela est la seule garantie que cet épanouissement ne soit pas précaire et illusoire mais réel et viable.

De même, les étudiant.e.s ne sont pas seulement des homo oeconomicus ayant des projets personnels et souhaitant devenir des acteurs.trices économiques, mais aussi des êtres politiques aux niveaux local, national et international : à ce titre, l’Université devrait réfléchir à la manière d’intéresser ses usagers à son fonctionnement et ses évolutions, autrement qu’en leur soumettant au vote le choix du logo de la nouvelle UGA. Le pouvoir décisionnel des étudiant.e.s et le débat politique devraient être davantage encouragés à l’intérieur de l’Université, par l’organisation plus fréquente d’événements publics tels que conférences, discussions, etc… afin de combattre la dépolitisation et l’individualisme la rongeant progressivement.

Enfin, la promotion de la tranversalité des disciplines, de l’innovation collaborative et de l’action territoriale et internationale ne doit pas entraver et occulter les deux missions premières de l’Université, former de futurs professionnels et acteurs politiques ainsi que permettre une recherche scientifique dans de bonnes conditions, pas dans celles offertes actuellement et allant en s’aggravant : manques de chauffage et de climatisation, matériel pédagogique défectueux, personnel enseignant et technique en sous-effectif croissant, salles de cours surchargées ou innovations pédagogiques aux effets désastreux (cours sur DVD, MOOCs, etc…). Au lieu d’être investi dans des projets immobiliers aux noms ronflants, susceptibles d’accroître le rayonnement et l’attractivité de l’UGA, tels que la “Maison de l’innovation et de la créativité”, l’”Espace scénique transdisciplinaire” ou le “Centre européen de recherches en sciences sociales”, l’argent de l’IDEX devrait plutôt servir à maintenir ou améliorer les conditions d’enseignement, de recherche et de travail dans les infrastructures déjà existantes.

Vous souhaitant une bonne réception,

Solidaires Etudiant.e.s Grenoble

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