Biennale des villes en transition de Grenoble : une transition ? Certes, mais avec qui et vers quoi ? [Solidaires Isère]

Réflexion portée par l’Union Locale Solidaires Isère

Biennale des villes en transition de Grenoble : une transition ? Certes, mais avec qui et vers quoi ?

Du 9 au 12 Mars 2017 se tiendra à Grenoble la biennale des « villes en transitions », nouvelle mouture des événements précédents centrés sur l’habitat durable. Le mouvement des « villes en transition » entend relever le double défi du Pic pétrolier et du dérèglement climatique. Ce mouvement voit la crise environnemental comme une opportunité pour rénover notre «modèle démocratique, poser les bases d’un modèle de « développement économique durable » et repenser le « lien social »….
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Jusque-là, dans les mots et les termes, cette démarche pourrait intéresser favorablement l’union syndicale Solidaires Isère : avec, au niveau national, officiellement 4 millions de chômeurs, 10 millions de personnes subissant la pauvreté, ou encore avec la destruction massive de notre environnement nous pensons aussi qu’une « transition » à toutes les échelles vers un modèle économique et social plus juste est urgente. Cet événement pourrait être l’occasion de donner la parole aux premiers concerné.e.s par la crise sociale et environnementale, de mettre en avant des acteurs politiques et économiques cherchant à rompre avec les modèles qui nous ont menés dans l’impasse. Mais…

Une biennale qui ploie sous le poids des acteurs privés.

Mais les choses se compliquent et les premières contradictions apparaissent clairement dès le départ quand on regarde la liste des partenaires de cette biennale ou encore les choix autours de la première journée du programme.
Des partenaires privés fréquentables ? : On y trouve entre autre le groupe Eiffage, qui use abondamment des paradis fiscaux, Aréa qui engraisse ses actionnaires avec des bénéfices réalisés sur des infrastructures autoroutières payées par le contribuable (privatisation des bénéfices/socialisation des pertes, la formule miracle du capitalisme libéral). Il y a également le groupe La Poste qui s’attache à supprimer massivement les bureaux de poste et a une sinistre notoriété en matière de souffrance de ses salariés. Dans toutes ces entreprises, nos syndicats alertent toute l’année contre les abus, des syndicalistes mènent des luttes, et subissent régulièrement la répression.
Une école de management privée pour des enjeux collectifs et publics ? : Grenoble école de management (GEM) est organisatrice du « festival de géopolitique sur le pouvoir des villes », un événement conjugué à la biennale. La place d’acteur de premier ordre d’une entreprise privée d’enseignement supérieure, incubatrice de l’idéologie patronale et des pratiques managériales, est choquante. De plus, on ne peut que rester circonspect à propos de la place du commissariat à l’énergie atomique (CEA) dans un événement où seront discutés les enjeux de la transition énergétique…
Journée « pro » …Pro-patronale ? : La biennale débute le jeudi 9 mars par une journée « des professionnels » qui se déroule à la chambre de commerce et d’industrie (CCI), le lieu exemplaire des intérêts patronaux dans la ville. Au fil de tables-rondes comme par exemple sur « les métiers du futurs », beaucoup d’experts, mais jamais bien évidemment de syndicalistes ou de travailleur.se.s parmi les intervenant.e.s. L’ « ubérisation » ou encore l’emploi « greenwashé » ne mériteraient-ils pas d’être présentés de façon concrète par celles et ceux qui vivent les conditions de travail produites et vécues ? Au risque de la critique, certes. et aussi au risque de propositions subversives.

Une transition vers quoi ?

Dans le texte de bienvenue du maire tout comme dans les descriptifs des différentes initiatives composant la biennale, le constat actuel à propos de la situation sociale nous semble euphémisé. Poser la question de la transition, et définir donc les « solutions » adéquates, à cette échelle comme à une autre, engage à un effort de lucidité :
Une société inégale, des villes gentrifiées : Notre société et nos « territoires » sont confrontés à la machine à inégalités qu’est le capitalisme. Les habitants sont confrontés à la gentrification comme la population mondiale est confrontée aux inégalités Nord-Sud. La prédation écologique et sociale, qui mène à l’accroissement du réchauffement climatique et de la misère, est factuellement le produit de ce système. De ce fait, il convient de définir et de dire clairement en préalable si la transition escomptée souhaite en finir ou non avec ce système. Cela implique de poser au cœur de la question de la transition la question du régime de propriété, de la production des richesses et de leur répartition.
Les enjeux communs confrontés aux solutions individuelles : il y a un risque de dilution des enjeux collectifs globaux au fil des seules « bonnes pratiques » et des « solutions individuelles » ou en groupe restreint. Il est également à craindre une mise en avant de profils de « citoyens exemplaires » parce qu’ils en ont les moyens en laissant de côté (voire en discriminant par contraste) la majorité de la population n’ayant pas les ressources adéquates du fait de leur position sociale et des contraintes vécues et subies.
–    La question démocratique, la question du pouvoir : Subsidiaire aux deux premières remarques, la dilution des responsabilités concrètes des décideurs actuels doit être questionnée.  Le poids des acteurs privés dans la vie démocratique (lobbying, etc.) est écrasant. une « entreprise » n’est pas un « membre de la cité » et n’a pas à être mis au même rang « ontologique » que les habitants. Cela implique de poser clairement la question du pouvoir et des contre-pouvoirs.
En effet, si ces éléments ne sont pas directement énoncés comme préalables, de quelle transition parle-t-on ? De « faire avec » ou « faire comme-ci » ? « Croire qu’on change pour ne rien changer » ? Ou alors définir une transition collective comme projet de transformation sociale et sociétale pour demain où les habitant.e.s serraient les acteurs principaux et redéfiniraient aussi les outils démocratiques ?

La démocratie sans le débat contradictoire ?

Nul ne niera qu’il y aura aussi quelques tables rondes intéressantes, des intervenants sincères et engagés, des ateliers, des animations et des projections de qualité. Mais le grand absent reste le mouvement social, et du même coup la contradiction et les revendications qu’il est capable de porter. Sa représentation sera bien faible et servira d’alibi à une prétendue initiative « citoyenne », dans le ton du temps.
Deux exemples particuliers pour mieux illustrer le propos :
Pic de pollution chroniques et urgence sanitaire : Pourquoi ne pas avoir organisé un débat entre les partisans et les détracteurs de la gratuité des transports en commun ? Son impact sur la pollution, le bien-vivre et le partage des richesses ?
Plan d’austérité municipal et fermeture d’équipements publics : Pourquoi ne pas avoir proposé un forum contradictoire sur le numérique et les bibliothèques publiques ? Ou encore sur le service public d’aujourd’hui et de demain à l’échelle des villes et des métropoles ?
De ce fait, la seule chance pour que s’expriment ces contradictions viendra probablement du public, sans garanties de débats aux risques du question-réponses ou de la dilution des prises de positions dans une vague tournée de micro. On ne peut que souligner que les choix qui composeraient une transition prendront toujours place dans un monde d’antagonismes sociaux. De ce fait le débat contradictoire est nécessaire pour une approche concrète et transparente de ces questions.

Le « off » de la biennale, foyer de bouillonnements et de luttes indispensables.

Mais justement, d’autres initiatives, en parallèle à la biennale sont proposées par des acteurs du mouvement social. Leurs initiatives et le bouillonnement des luttes sont indispensables :
– Une « semaine de la transition » à la Villeneuve,
Une rencontre de Géopolitique critique, alternative aux rencontres de l’école de management,
– Diverses initiatives de l’assemblée des locataires, mal logé.e.s et sans logement, dont une Marche pour le droit au logement, le samedi 11 mars, à 13h30, arrêt grand place (Tram A), à laquelle Solidaires Isère participera avec enthousiasme.
L’union départementale Solidaires Isère salue ces initiatives, qui incarnent à elles seules des réponses en actes aux critiques et aux limites que nous formulons vis-à-vis de la biennale des villes en transitions dans ce texte.
Union départementale Solidaires Isère
Le 9 Mars 2017 (premier anniversaire du mouvement contre la loi travail et son monde)
solidaires.isere@orange.fr

 

Incendie à Condillac : De l’amiante dans les décombres ! ( et pas que … )

Vendredi 16 février, le bloc 3 de la résidence universitaire Condillac « Vieux » a pris feu et a laissé 106 étudiant-e-s sans accès à leur affaires, même non touchées par l’incendie, jusqu’à nouvel ordre. Certain-e-s des résident-e-s sont rentré-e-s dans leur famille pour les vacances, d’autres majoritairement étrangers ont été temporairement relogé-e-s dans les résidences universitaires Village Olympique et Le Rabot.Les étudiant-e-s avaient bon espoir de récupérer leurs effets personnels intacts dans la semaine. Le CROUS les a en effet convoqué à différents créneaux jeudi 23 et vendredi 24 pendant lesquels une entreprise spécialisée empaquetait leurs affaires pour les leur remettre ensuite.Jeudi soir, une partie des résident-e-s a donc rapporté ses vêtements et appareils électroniques avec eux. Cependant, vendredi matin, le reste des résident-e-s s’est vu refuser la remise de leurs effets pour cause de contamination à l’amiante. Ce matériau n’étant pas réputé pour rester confiné à quelques mètres carrés, il est logique que la totalité du bâtiment, des affaires et des personnes y résidant soit contaminée également (bloc 1 et bloc 2 inclus). À moins que le « nuage d’amiante », comme un certain nuage de produits radioactifs en 1986, n’ait contourné certaines chambres, nous revendiquons :

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Incendie à Condillac, le CROUS pense-t-il prendre ses responsabilités un jour ?

Le vendredi 17 février 2017 dans la matinée, un incendie se déclare dans le bloc 3 de la résidence universitaire Condillac A (dit Condillac Vieux). Une aide médico-psychologique est mise en place pendant la maîtrise de l’incendie dans l’enceinte du bâtiment de l’Aquarium pour venir en aide aux victimes respiratoires ainsi qu’aux résident.e.s en état de choc. Une partie des étudiant.e.s sinistré.e.s (une cinquantaine sur les 106 touché.e.s) sont relogé.e.s à la résidence universitaire du Rabot (Bastille) et du Village Olympique, dépourvu.e.s de tous leurs effets personnels suite à l’évacuation précipitée de leur logement.

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La police cible Solidaires Etudiant.e.s lors du soutien à Théo : nous ne nous laisserons pas intimider !

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Nous étions environ trois cents personnes, ce vendredi 10 février, à manifester contre l’arbitraire policier qui s’est malheureusement abattu cette semaine sur Théo. En tant que syndicalistes nous ne pouvons accepter que les forces publiques se livrent impunément à des tortures sexuelles, quand nous savons déjà toute la violence qui s’abat sur les populations les plus précaires et qui a aussi touché les manifestant.e.s contre la Loi Travail, certains aux prix de leurs yeux. Nous n’acceptons aucune domination, aucune discrimination ou ségrégation entre les travailleur.se.s de ce pays, qu’ils soient employé.e.s ou non, précaires ou étudiant.e.s.

Les sept camarades de notre syndicat qui ont défilé.e.s calmement en solidarité avec Théo ont été victimes d’un contrôle policier abusif à la fin de la manifestation alors qu’ils étaient déjà bien loin de son lieu de dissolution. C’est brutalement que la police s’est livrée à ce contrôle, n’hésitant pas à provoquer et bousculer physiquement les militant.e.s pourtant pacifiques.

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Au final, quelques dégâts matériels et petites blessures dûs à la fouille sans ménagement des forces de l’ordre, et une volonté tenace de ne pas céder à l’arbitraire policier. Pour Théo, pour l’ensemble des victimes des violences policières dans ce pays comme Adama, Zyed et Bouna, nous appellerons prochainement avec d’autres syndicats à une nouvelle manifestation de protestation. Aux discriminations, à la ségrégation, à la brutalité et à la division, nous répliquerons par l’unité de la population, des syndicats d’étudiant.e.s et de salarié.e.s.

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Nos propositions concernant le projet de Maison des Services Etudiants

Solliciter par la vice-présidence étudiante de la COMUE, voici notre courriel énumérant nos critiques et nos propositions en ce qui concerne la construction prochaine d’une maison des services étudiants.

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Bonjour,

Nous avons lu attentivement et avec intérêt les documents de présentation du projet Maison de services aux étudiant.e.s.

La centralisation des multiples services dispersés du CROUS, de la COMUE et de l’UGA nous paraît être une excellente idée. Nous demandons que les diverses associations étudiantes opérant à l’échelle du campus disposent d’un local dans ce bâtiment. Nous émettons une réserve sur la localisation du bâtiment : elle nous paraît trop excentrée par rapport au campus, trop éloignée des facultés de sciences humaines et sociales, lettres et arts, en plein coeur de l’ex-UJF, à côté des sites de l’INPG et de l’ENSIMAG. Une fois de plus, l’UGA montre que la volonté affichée de favoriser la recherche en sciences humaines et sociales, depuis le début de la campagne pour la fusion des universités, est un mensonge et un leurre : les sciences physiques sont largement prioritaires et porteuses d’excellence bien supérieure aux yeux de la direction de l’UGA.

Nous ne nous opposons pas au projet de promotion de l’entrepreunariat étudiant, de la création d’entreprises et de projets professionnels, et l’aide à l’insertion professionnelle. Cependant, nous questionnons les modalités de mise en oeuvre de cette politique : il faut veiller à ce que l’ensemble des secteurs économiques et des entreprises, quelles que soient leur taille et leur renommmée, soient concernés, et pas seulement les secteurs grandes entreprises grenobloises les plus rayonnantes (Schneider, ST-Microelectronics, Minatec, etc…). La recherche fondamentale et appliquée doit être pleinement indépendante et financée directement par l’Etat, indirectement par les impôts des grandes entreprises, et pas placée à la remorque de celles-ci. L’enseignement public ne doit pas non plus devenir purement une formation au travail dans les plus grandes entreprises, et doit conserver une part théorique importante, à la fois pour les capacités d’analyse qu’elle offre dans les contextes professionnels, et pour la formation de citoyens capables de réflexion élaborée.

De plus, nous soulignons le caractère illusoire et dangereux que peut revêtir l’idéologie auto-entrepreneuriale. Loin de l’idéal rêvé d’indépendance individuelle, celui-ci peut souvent se transformer en cauchemar pour l’étudiant qui s’y lance, soumis à des objectifs impossibles à atteindre correspondant aux entreprises, aux clients, qu’il doit servir, en dehors de tout cadre qui assure l’application des règles du Code du Travail.

Parallèlement, nous nous inquiétons de l’impact social de cette politique sur les étudiant.e.s : l’épanouissement personnel et la réalisation des projets personnels est une donnée essentielle de la vie, mais l’Université ne doit pas oublier qu’en tant qu’institution elle a aussi pour mission essentielle de participer à la transmission et la valorisation des valeurs de solidarité et de collectivité, au fil des décennies de plus en plus entamées par les crises sociales et économiques. Cela est la seule garantie que cet épanouissement ne soit pas précaire et illusoire mais réel et viable.

De même, les étudiant.e.s ne sont pas seulement des homo oeconomicus ayant des projets personnels et souhaitant devenir des acteurs.trices économiques, mais aussi des êtres politiques aux niveaux local, national et international : à ce titre, l’Université devrait réfléchir à la manière d’intéresser ses usagers à son fonctionnement et ses évolutions, autrement qu’en leur soumettant au vote le choix du logo de la nouvelle UGA. Le pouvoir décisionnel des étudiant.e.s et le débat politique devraient être davantage encouragés à l’intérieur de l’Université, par l’organisation plus fréquente d’événements publics tels que conférences, discussions, etc… afin de combattre la dépolitisation et l’individualisme la rongeant progressivement.

Enfin, la promotion de la tranversalité des disciplines, de l’innovation collaborative et de l’action territoriale et internationale ne doit pas entraver et occulter les deux missions premières de l’Université, former de futurs professionnels et acteurs politiques ainsi que permettre une recherche scientifique dans de bonnes conditions, pas dans celles offertes actuellement et allant en s’aggravant : manques de chauffage et de climatisation, matériel pédagogique défectueux, personnel enseignant et technique en sous-effectif croissant, salles de cours surchargées ou innovations pédagogiques aux effets désastreux (cours sur DVD, MOOCs, etc…). Au lieu d’être investi dans des projets immobiliers aux noms ronflants, susceptibles d’accroître le rayonnement et l’attractivité de l’UGA, tels que la “Maison de l’innovation et de la créativité”, l’”Espace scénique transdisciplinaire” ou le “Centre européen de recherches en sciences sociales”, l’argent de l’IDEX devrait plutôt servir à maintenir ou améliorer les conditions d’enseignement, de recherche et de travail dans les infrastructures déjà existantes.

Vous souhaitant une bonne réception,

Solidaires Etudiant.e.s Grenoble